Deux nouvelles études démontrent les dangers reliés à l’abus de consommation de méthamphétamine

Montréal, le 15 juin 2018 – L’utilisation prolongée et abusive de la méthamphétamine (MET) entraînerait des déficits cognitifs significatifs. La dernière méta-analyse portant sur les déficits cognitifs liés à l’usage abusif de MET rapporte des déficits importants sur la cognition sociale, mais aussi sur la mémoire épisodique, les fonctions exécutives et la rapidité du traitement de l’information.

Drogue illicite la plus consommée au monde après le cannabis Bien qu’il soit généralement admis que la méthamphétamine (MET) est une drogue hautement addictive qui affecte le cerveau et qui provoque des déficits cognitifs, ce point de vue n’est pas partagé par tout le monde.

En effet, la MET est la deuxième drogue illicite la plus consommée au monde, après le cannabis. Plus de 17 millions de personnes dans le monde déclare prendre des MET par an. Or, son abus de consommation est associé à de multiples problèmes de santé physique (maladies cardiovasculaires) et mentale, telle que la psychose et la dépression.

La MET module certains neurotransmetteurs (appelés monoamines) du cerveau, ce qui explique l’augmentation de la vigilance et du niveau d’énergie, deux raisons qui expliquent l’engouement pour les méthamphétamines.

Déficits clairement observés
Dans la nouvelle méta-analyse dont il est ici question, 44 études ont été incluses, comprenant un total de 1592 individus ayant abusé de MET et de 1820 sujets sains.

Les personnes ayant consommé abusivement de MET étaient plus impulsives comparées au groupe témoin. Elles présentaient des déficits cognitifs modérés dans des domaines portant sur l’attention, les fonctions exécutives, la fluidité verbale, la mémoire visuelle et la mémoire de travail.

Des déficits d’intensité faible ont été observés sur la vitesse de traitement de l’information et les capacités visuo-spatiales.

« Cette méta-analyse actuelle visait à quantifier l’ampleur des déficits cognitifs associés à la consommation abusive de MET. Les déficits cognitifs les plus importants ont été observés sur les fonctions liées au processus de récompense (la personne préfère les récompenses mineures et immédiates que des récompenses importantes et différées), à l’impulsivité et à la cognition sociale », a mentionné Stéphane Potvin, chercheur à l’Institut de Santé Mentale de Montréal (IUSMM) et professeur au département de psychiatrie de l’Université de Montréal.

Ces résultats confirment les conclusions de la première méta-analyse qui étaient basées sur 18 études. « Cependant, nous ne savons toujours pas si ces déficits cognitifs ont des conséquences sur le plan fonctionnel, tant dans la sphère sociale que professionnelle. », a souligné sa collègue Tania Lecomte, chercheure à l’Institut de Santé Mentale de Montréal (IUSMM) et professeure au département de psychologie de l’Université de Montréal.

Effets similaires aux troubles d’abus d’alcool
Bien que la méta-analyse actuelle n’ait pas été conçue pour répondre à cette question cruciale, il est important de souligner que les déficits cognitifs décrits ici se situent dans la même fourchette que ceux observés chez les personnes ayant un trouble d’abus d’alcool.

La conclusion la plus intrigante et inattendue de la méta-analyse actuelle est que l’abus de consommation de MET est associée à des déficits plus importants sur la cognition sociale (par exemple la reconnaissance des émotions faciales). Une plus grande attention devra être accordée aux impacts de cet abus sur la cognition sociale.

La consommation de MET fortement liée à l’apparition de troubles psychotiques
Il est par ailleurs important de noter que les personnes ayant un problème de consommation de la MET consomment souvent d’autres drogues et qu’ils présentent également diverses affections psychiatriques autres que des troubles psychotiques.

La prévalence des psychoses toxiques chez les consommateurs chroniques de MET varie considérablement, allant de 4% à 76%. La plupart des données ont été recueillies dans des hôpitaux ou centres médico-légaux, ce qui a probablement gonflé les taux de prévalence dans certaines études.

Une seconde étude sur les effets de la MET avait justement pour objectif d’obtenir une image plus claire des taux de prévalence rapportés liés à la consommation de substances (dont le MET) chez les usagers de MET et en ciblant uniquement des études utilisant des critères diagnostiques rigoureux.

Cette méta-analyse s’est basée sur 17 études pour un total de 4095 individus, dont la consommation pose un problème tel qu’elle nécessite une consultation dans un service de santé.

Il apparaît que plus d’un tiers (36%) des utilisateurs qui abusent de la MET, ont des antécédents de troubles psychotiques reliés à une substance.

« Nos résultats soulignent davantage le caractère toxique des MET sur le cerveau étant donné que l’utilisation régulière de cette drogue est liée à un taux de prévalence d’un trouble psychotique provoqué par la subtance (supérieure à 40 %) chez cette catégorie de

population. Bien que des analyses rigoureuses aient été effectuées, nos résultats sont limités par la grande hétérogénéité des études, reflétant la large gamme de taux de prévalence de trouvés », a mentionné Tania Lecomte, l’une des auteures de cette seconde étude.

« La forte prévalence des psychoses toxiques chez ceux qui abusent de la MET est un problème de santé publique. L’utilisation de MET devrait être considérée comme un facteur de risque de schizophrénie, comme le cannabis. Certaines études suggèrent que la consommation précoce MET par les jeunes entraîne des symptômes psychotiques plus graves et persistants », a ajouté son collègue Stéphane Potvin.

Les programmes de traitement précoce de l’abus de MET et les stratégies de prévention doivent également être étudiés, compte tenu des conséquences potentielles importantes sur la santé publique.

Sources : Stéphane Potvin, Julie Pelletier, Stéphanie Grot, Catherine Hébert, Alasdair M. Barr, Tania Lecomte. Cognitive deficits in individuals with methamphetamine use disorder: A meta-analysis. Addictive Behaviors 80 (2018) 154–160.

Tania Lecomte, Alexandre Dumais, Jules R. Dugré, Stéphane Potvin , The Prevalence Of Substance-Induced Psychotic Disorder In Methamphetamine Misusers: A Meta-Analysis, Psychiatry Research (2018), doi: 10.1016/j.psychres.2018.05.033

 

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