La thérapie par avatar : une avenue prometteuse pour traiter la schizophrénie

Alexandre Dumais, chercheur psychiatre au Centre de recherche de l’IUSMM et professeur au département de psychiatrie de l’université de Montréal.

Montréal, le 15 juin 2018 – Des résultats récents obtenus dans la cadre d’une étude menée par une équipe de chercheurs de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM) montrent que différentes améliorations de comportement ont été obtenues en utilisant la réalité virtuelle qui permettait aux patients atteints de schizophrénie de confronter leur « persécuteur ».

Bien que de nombreuses approches pharmacologiques et psychosociales existent déjà afin de traiter la schizophrénie, de nombreux patients ne répondent pas adéquatement à ces traitements déjà existants et continuent de souffrir des symptômes psychotiques, tels que les hallucinations auditives verbales (HAV) réfractaires associés à cette maladie. Cette résistance aux traitements déjà établis entraîne des risques de suicides, une moins bonne qualité de vie, des coûts de traitement de 3 à 11 fois plus élevés, et des risques d’hospitalisation plus fréquents.

L’approche du traitement par les avatars 
Les approches de traitements dites « psychosociales » permettaient de potentialiser dans une les solutions pharmacologiques, mais l’utilisation de ces thérapies psychosociales demeurait au mieux modeste, car les patients n’étaient jamais mis en relation directe avec l’objet, avec leur persécuteur.

« L’approche thérapeutique de l’avatar mise de l’avant afin d’offrir une solution aux lacunes des approches pharmacologiques et psychosociales consiste à proposer aux patients atteints de schizophrénie de créer un avatar qui représente le « persécuteur », déclare le Dr Alexandre Dumais, chercheur psychiatre au Centre de recherche de l’IUSMM et professeur au département de psychiatrie de l’université de Montréal. « Cet avatar offre aux patients qui résistent aux traitements traditionnels la possibilité de confronter directement l’objet de leur mal et d’arriver à maîtriser les symptômes hallucinatoires verbaux qui découlaient de leur condition. », poursuit-il.

L’étude
15 patients atteints de schizophrénie ou de troubles schizo-affectifs venant de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et de la communauté ont participé à l’étude et ont été répartis en deux groupes : un groupe qui a suivi du traitement par avatar et un groupe standard (traitement antipsychotique et des réunions habituelles avec des cliniciens) pendant 7 semaines à raison de 7 séances hebdomadaires de 45 minutes chacune.

Les patients avaient préalablement créé un avatar qui ressemblait le plus à l’entité qui était à l’origine de la voix malveillante (à la fois le visage et la voix de leur «persécuteur»).

Au cours des différentes séances, les patients ont été encouragés à entrer en dialogue avec l’avatar pour améliorer la régulation émotionnelle et l’affirmation de soi face à l’objet de leur mal. L’interaction de l’avatar avec le patient est devenue progressivement moins agressive au fils des différentes séances.

Résultats 
En ce qui concerne la gamme des avatars créés par les patients, 9 participants ont décrit quelqu’un qu’ils connaissaient personnellement au préalable, 5 ont représenté un démon ou un esprit diabolique et 1 a caricaturé une personnalité politique. De plus, les participants ont jugé que leur avatar était assez crédible par rapport à l’objet initial de leurs hallucinations.

De nombreuses améliorations ont été observées chez les différents patients pendant la thérapie par avatar entre le début et la fin du traitement : réduction des symptômes d’hallucinations auditives verbales (HAV), niveau de détresse liée à l’HAV, diminution des croyances au sujet de la nature malveillante des voix, diminution des symptômes dépressifs et l’amélioration de la qualité de vie. Notons que ces différentes améliorations ont perduré durant la période de suivi de trois mois.

Conclusion 
Les chercheurs à l’origine de l’étude ont trouvé des effets thérapeutiques positifs importants chez les patients qui résistaient aux traitements traditionnels. Cette constatation est très prometteuse car les options de traitement disponibles sont très limitées. La thérapie par avatar peut avoir des implications potentiellement importantes sur la santé et la qualité de vie des patients atteints de schizophrénie. De plus, les données recueillies suggèrent que la thérapie par avatar continue d’améliorer la symptomatologie des patients après la fin du traitement, ce qui représente un effet du traitement qui est non-négligeable. En conséquence, le bénéfice de la réalité virtuelle sur les symptômes psychotiques associés à la schizophrénie peut expliquer l’amélioration de la qualité de vie des patients qui ont participé à l’étude tel que démontré par les résultats obtenus.

« Les effets thérapeutiques importants de l’approche de la thérapie par l’avatar, chez les patients résistant aux traitements traditionnels de la schizophrénie, semble présenter une avenue fort prometteuse dans un contexte où les options de traitement alternatifs sont très limités. La thérapie par avatar peut avoir des implications cliniques potentiellement importantes sur la santé et la qualité de vie des patients atteints de schizophrénie », conclut le chercheur.

Cet essai clinique a été financé par la Fondation de l’Institut Philippe-Pinel, Services et Recherches Psychiatriques AD, la Fondation Jean-Louis Lévesque, la Chaire Eli Lilly Canada sur la recherche en schizophrénie et le laboratoire Applications de la Réalité Virtuelle en Psychiatrie Légale.

Source : Du Sert OP, Potvin S, Lipp O, Dellazizzo L, Laurelli M, Breton R, Lalonde P, Phraxayavong K, O’Connor K, Pelletier JF, Boukhalfi T, Renaud P, Dumais A. Virtual reality therapy for refractory auditory verbal hallucinations in schizophrenia: A pilot clinical trial. Schizophr Res. 2018 Feb 24. pii: S0920-9964(18)30108-7. doi: 10.1016/j.schres.2018.02.031.

À propos du CIUSSS de l’Est-de l’Île-de-Montréal 
Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (CIUSSS-Est) regroupe l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, l’Hôpital Santa Cabrini, le CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska et l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, de même que les centres de santé et services sociaux de Saint-Léonard et de Saint-Michel, de la Pointe-de-l’Île et Lucille-Teasdale. Il compte près de 15 000 employés et près de mille médecins (ETP) répartis au sein de 43 points de services pour une population de 500 000 personnes. Il offre une gamme complète de soins de santé et de services sociaux de première ligne, de soins hospitaliers généraux, spécialisés, surspécialisés et de soins en santé mentale. Il offre également des soins de longue durée en hébergement. Affilié à l’Université de Montréal, le CIUSSS-Est conjugue les missions d’enseignement, d’évaluation et de recherche avec la formation de médecins et professionnels de la santé. Ses deux centres de recherche d’envergure se démarquent sur les plans national et international dans les sphères d’expertise que sont la santé mentale, l’immuno-oncologie, la santé de la vision, la néphrologie et la thérapie cellulaire. www.ciusss-estmtl.gouv.qc.ca

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