Les causes du Trouble Obsessif Compulsif (TOC) mieux comprises selon une nouvelle étude

Montréal, le 19 juin 2018 – Malgré que le traitement de choix pour le traitement du Trouble Obsessif Compulsif (TOC) soit la thérapie cognitive comportementale, une proportion importante de personnes demeurent présentent des symptômes après ce traitement. Cela pourrait être dû au fait que d’autres processus que ceux ciblés par la thérapie cognitive comportementale pourraient être en cause. C’est ce que révèle une étude menée par Frederick Aardema, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, et ses étudiants en maîtrise Jean-Sébastien Audet et Louis-Philippe Baraby. Ces travaux, publiés dans la revue Journal of Obsessive-Compulsive and Related Disorders, ont fait l’objet d’une collaboration avec des chercheurs australiens (Deakin University) et américains (Northern Illinois University). Le TOC, rappelons-le, affecte 1,5% de la population à n’importe quel moment, ce qui représente environ 525 000 canadiens.

Interprétations erronées
La thérapie cognitive comportementale cible les croyances obsessionnelles proposées comme étant à l’origine du TOC. Ces croyances mèneraient à des interprétations erronées de pensées normales, ce qui conduirait à des obsessions. Cependant, selon Frederick Aardema, qui est également professeur au département psychiatrie de l’Université de Montréal, d’autres processus cognitifs seraient importants : « Bien qu’il y ait des croyances injustifiées qui sont associées au TOC, les personnes qui en souffrent auraient aussi tendance à donner plus d’importance à l’information provenant de leur imaginaire qu’à celle provenant de leurs sens communs », souligne-t-il.

Selon F. Aardema, cette façon de raisonner, que l’on appelle confusion inférentielle, explique pourquoi les personnes souffrant de TOC peuvent, par exemple, nettoyer plusieurs fois une table qui nous semble propre ou vérifier la fermeture d’une porte pendant plusieurs heures.

Résultats
296 participants souffrant de TOC ont rempli plusieurs questionnaires mesurant notamment les symptômes d’anxiété et de dépression, ainsi que les croyances obsessionnelles, la confusion inférentielle (c’est-à-dire cette tendance à privilégier l’imaginaire au détriment du sens commun) et certaines sous-catégories de TOC. Les résultats ont montré que, la confusion inférentielle explique, chez les personnes souffrant de TOC, la présence d’obsessions répugnantes (c’est-à-dire le fait d’avoir des pensées obsessives ayant trait à la violence, la sexualité et le blasphème), de comportements de vérifications (par ex. vérifier les portes, le contenu des courriels..), de préoccupations de symétrie (par ex. vérifier qu’un objet est à angle droit par rapport à une table) et d’indécision (par ex. la peur de prendre la mauvaise décision). Cette étude démontre donc la place importante que joue la confusion inférentielle dans le TOC.

Selon Jean-Sébastien Audet étudiant sous la supervision de F. Aardema, « ces résultats illustrent la nécessité de traiter la confusion inférentielle lors d’une thérapie contre le TOC, ce qui permettrait d’augmenter l’efficacité du traitement et ainsi d’améliorer la qualité de vie de ceux qui souffrent de cette maladie ».

Sources : Aardema, F., Wu, K., Moulding, R., Audet, J.-S., & Baraby, L.-P. (in press). The relationship of inferential confusion and obsessive beliefs with specific obsessive-compulsive symptoms. Journal of Obsessive-Compulsive and Related Disorders. DOI: 10.1016/j.jorcd.2018.03.004

À propos du CIUSSS de l’Est-de l’Île-de-Montréal
Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (CIUSSS-Est) regroupe l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, l’Hôpital Santa Cabrini, le CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska et l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, de même que les centres de santé et services sociaux de Saint-Léonard et de Saint-Michel, de la Pointe-de-l’Île et Lucille-Teasdale. Il compte près de 15 000 employés et près de mille médecins (ETP) répartis au sein de 43 points de services pour une population de 500 000 personnes. Il offre une gamme complète de soins de santé et de services sociaux de première ligne, de soins hospitaliers généraux, spécialisés, surspécialisés et de soins en santé mentale. Il offre également des soins de longue durée en hébergement. Affilié à l’Université de Montréal, le CIUSSS-Est conjugue les missions d’enseignement, d’évaluation et de recherche avec la formation de médecins et professionnels de la santé. Ses deux centres de recherche d’envergure se démarquent sur les plans national et international dans les sphères d’expertise que sont la santé mentale, l’immuno-oncologie, la santé de la vision, la néphrologie et la thérapie cellulaire. www.ciusss-estmtl.gouv.qc.ca

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