Mesurer l’activité cérébrale pour prédire le succès de la thérapie cognitivo-comportementale chez les patients atteints du syndrome de Gilles de la Tourette

Simon Morand-Beaulieu

Montréal, le 24 septembre 2018 – Le syndrome de Gilles de la Tourette est un trouble neuropsychiatrique dont les principales caractéristiques sont la présence de tics moteurs et vocaux. Un des traitements de choix pour cette condition est la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Il a été démontré qu’elle était aussi efficace que la médication avec des effets secondaires indésirables bien moins importants. Toutefois, certains patients ne présentent pas de diminution significative des symptômes après la thérapie. Ainsi, une équipe de chercheurs de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CRIUSMM) du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal a voulu identifier des marqueurs permettant de prédire le succès de la thérapie. Les résultats de cette étude ont récemment été publiés dans la revue Journal of Psychiatric Research.

« Étant donné que la thérapie requière une implication importante de la part des patients, l’identification de marqueurs prédisant le succès de la thérapie permettrait d’offrir aux patients un traitement adapté à leurs caractéristiques individuelles » déclare Marc Lavoie, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et professeur-chercheur titulaire au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal.

Ainsi, l’équipe de chercheurs dirigée par M. Lavoie a enregistré l’activité cérébrale de 26 patients atteints du syndrome de Gilles de la Tourette avant que ceux-ci entreprennent une thérapie. Cette thérapie inclut des exercices de discrimination et de relaxation musculaire ainsi que de la restructuration cognitive et comportementale, entre autres. Les chercheurs ont également évalué la sévérité des symptômes avant et après la thérapie.

« En mesurant l’activité électrique du cerveau, nous avons pu établir si le traitement allait être efficace ou non» déclare Simon Morand-Beaulieu, doctorant au Département de neurosciences de l’Université de Montréal et premier auteur de l’étude. « Notre modèle prend en compte deux facteurs : un lié à la préparation des mouvements et l’autre lié au contrôle des mouvements par le cerveau ».

Les patients qui présentaient un délai au niveau de la préparation des mouvements avant la thérapie réussissaient mieux la thérapie. Ce délai leur permet donc d’avoir un meilleur contrôle de leurs mouvements en général, mais également un meilleur contrôle de leurs tics. « Ils sont donc plus en mesure d’appliquer les stratégies apprises durant la thérapie » affirme M. Lavoie. Aussi, les patients qui utilisaient davantage de ressources au contrôle des mouvements présentaient une réduction des tics plus importante après la thérapie.

Avant d’appliquer ce modèle de prédiction pour orienter les patients vers un traitement ou un autre, ces résultats devront être répliqués sur un échantillon plus grand. « Nous ne sommes pas encore au point où nous pouvons utiliser ces marqueurs pour choisir le traitement adapté pour un patient, mais on s’en approche » soutient M. Morand-Beaulieu. « Dans les prochaines années, il faudra combiner ces marqueurs électrophysiologiques avec d’autres biomarqueurs pour encore mieux prédire le succès de la thérapie. »

Source : Simon Morand-Beaulieu, Kieron P. O’Connor, Pierre J.Blanchet, Marc E.Lavoie. Electrophysiological predictors of cognitive-behavioral therapy outcome in tic disorders. Journal of Psychiatric Research. Volume 105, October 2018, Pages 113-122. https://authors.elsevier.com/a/1XjLU55vYtwmY

À propos du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal
Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (CIUSSS-EMTL) regroupe l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, l’Hôpital Santa Cabrini Ospedale, le CHSLD polonais Marie-Curie-Sklodowska et l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, de même que les centres de santé et services sociaux de Saint-Léonard et de Saint-Michel, de la Pointe-de-l’Île et de Lucille-Teasdale. Il compte près de 15 000 employés et près de 1 000 médecins répartis au sein de 43 points de services pour une population de 500 000 personnes. Il offre une gamme complète de soins de santé et de services sociaux de première ligne, de soins hospitaliers généraux, spécialisés, surspécialisés et de soins en santé mentale. Il offre également des soins de longue durée en hébergement. Affilié à l’Université de Montréal, le CIUSSS-EMTL conjugue les missions d’enseignement, d’évaluation et de recherche avec la formation de médecins et professionnels de la santé. Ses deux centres de recherche d’envergure se démarquent sur les plans national et international dans les sphères d’expertise que sont la santé mentale, l’immuno-oncologie, la santé de la vision, la néphrologie et la thérapie cellulaire. www.ciusss-estmtl.gouv.qc.ca

Pour information et entrevues :
Christian Merciari – relations avec les médias CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal
514 235-4036
christian.merciari.cemtl@ssss.gouv.qc.ca