TDAH et dépression : comment bien évaluer ses capacités cognitives?

Dre Valérie Tourjman

Des chercheurs du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal) ont mis au point un questionnaire qui permet aux personnes souffrant de dépression majeure ou de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) d’évaluer eux-mêmes leurs problèmes cognitifs.

Le TDAH et la dépression sont des problèmes de santé mentale qui entraînent souvent des troubles de mémoire à court terme, une difficulté à planifier une tâche ou à traiter rapidement une information. « L’un des principaux défis dans l’évaluation du fonctionnement cognitif chez les populations atteintes de troubles de santé mentale est le choix d’un outil d’évaluation adaptée à la condition », déclare la Dre Valérie Tourjman, chercheure et psychiatre à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal).

C’est pourquoi, Dre Tourjman et son équipe ont élaboré un questionnaire auto-administré (EDEC) sur la façon dont un individu perçoit son propre fonctionnement cognitif selon la pathologie dont il est atteint. Concrètement, l’EDEC peut être facilement utilisé pour déceler de subtils changements d’humeur ou de comportement lors d’un rendez-vous de routine avec le psychiatre.

« Peu d’études ont comparé les échelles auto-administrées (qui sont subjectives) avec des tests neuropsychologiques reconnus qui évaluent de manière objective la performance cognitive », explique la professeure au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal. Ces derniers sont utilisés par des professionnels de la santé pour évaluer la plupart du temps des déficiences cognitives majeures chez des patients psychiatrisés. Par exemple, le Screen for Cognitive Impairment in Psychiatry (SCIP) qui sert à faire un dépistage de trouble cognitif, notamment la mémoire verbale, mémoire de travail, la fluence verbale et la rapidité de traitement de l’information.
Pour les fins de leur étude, Dre Tourjman et ses collaborateurs ont comparé la façon dont les patients atteints de dépression majeure et de trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité (TDAH) perçoivent leur état cognitif, en comparaison avec leur performance cognitive mesurée objectivement.

Peu importe le test complété, les participants à l’étude ont tous rapporté des problèmes cognitifs tels que des déficits de la mémoire de travail et de la vitesse de traitement de l’information ainsi qu’une difficulté à retenir des mots. Cependant, certains résultats diffèrent dépendant du test utilisé. Par exemple, les patients dépressifs ont tendance à surestimer leurs carences, car ils signalent plus de troubles cognitifs dans le test auto-administré que dans le test neuropsychologique dirigé. Dans les faits, les résultats au test d’autoévaluation permettent de mieux évaluer la façon dont les personnes fonctionnent dans la vie de tous les jours. Autrement dit, un faible résultat au test auto-administré reflète un mauvais fonctionnement quotidien du patient. Par exemple, plus un patient atteint de TDAH perçoit ses déficits cognitifs comme sévères plus son incapacité à fonctionner dans la vie de tous les jours sera marquée.

Ces résultats suggèrent que le test neuropsychologique comme le SCIP et celui du questionnaire auto-administré (EDEC) ne sont pas interchangeables mais complémentaires. L’évaluation du fonctionnement cognitif devrait idéalement inclure des mesures objectives et subjectives de la cognition, ce qui permet d’avoir une meilleure idée sur le fonctionnement quotidien du patient.

Voir la publication originale sur le site www.sciencedirect.com