Le pharmacien en établissement: regarder vers demain

Martin Franco

Si la passion du monde de la pharmacie était disponible en prescription, on pourrait dire que Martin Franco en serait totalement accro. Chef adjoint du Département de pharmacie du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Martin est un véritable passionné de son métier et des solutions de santé que le monde de la pharmacie en établissement est en mesure d’offrir aux patients de son CUISSS et bien au-delà.

Attiré par les sciences de la santé depuis le niveau collégial, Martin Franco avait été accepté en médecine et en pharmacie à l’Université. C’est sur la pharmacie qu’il a finalement fixé son choix, un peu à l’encontre de ce que souhaitaient ses parents qui auraient bien aimé avoir un médecin dans la famille. Pour Martin Franco, la pharmacie lui offrait plus de possibilités face à la carrière qu’il allait amorcer, d’autant plus que l’interaction physique avec les patients ne l’attirait pas tellement. Sa mère, qui était infirmière, lui avait déjà transmis un intérêt pour le milieu hospitalier et il avait déjà, durant son adolescence, été marqué par le leadership et la gestion d’équipes que lui avait communiqué ses parents. Le monde de la pharmacie répondait à tous ces critères et c’est sur ce choix que Martin s’est arrêté, un choix qu’il n’a jamais regretté depuis.

Bien plus que des « compteux » de pilules
« Pour trop de gens aujourd’hui encore le pharmacien est un « compteux » de pilules, mais la réalité est tout autre. Il existe tout un système qui entoure le médicament et son utilisation et c’est-ce que j’ai découvert dès mes premiers moments de mes stages en établissement », raconte M. Franco. « J’étais très attiré par les soins spécialisés qui sont offerts en établissements et le rôle potentiel du pharmacien dans ce contexte de collaboration interdisciplinaire entre les différents intervenants de santé qui entourent le patient à l’hôpital », ajoute-t-il.

C’est qu’en établissements de santé, le rôle du pharmacien est différent de celui de pharmacien classique qui opère un commerce. En effet, le pharmacien en établissement représente une partie intégrante des différentes unités de soins et son expertise est essentielle au développement de tout plan de traitement d’un patient qui requiert une quelconque médication. « Cette partie, pourtant essentielle, du travail de pharmacien demeure trop méconnue. Moi, par exemple, j’ai acquis une expertise en oncologie et en greffe de moelle osseuse. Des savoirs comme ceux-là en établissement m’ont permis de devenir un rouage essentiel dans l’engrenage du traitement de nos patients », explique M. Franco.

Une valeur ajoutée qui doit être cultivée
Ce rôle indispensable que les pharmaciens en établissement ont acquis avec le temps, Martin Franco s’est toujours fait un point d’honneur de le développer car il représente une très grande valeur ajoutée dans le traitement de toute maladie. Il permet aussi de dégager les autres spécialistes de la santé comme les infirmières et les médecins par exemple, de certaines tâches.. « Quand un pharmacien est présent dans une unité de soins, les médecins et les infirmières peuvent passer plus de temps à s’occuper des patients directement. C’est tellement vrai maintenant que les équipes qui ont la chance de compter sur un pharmacien ne veulent plus s’en passer car leur apport et leur travail est trop utile », dit Martin Franco.

La nature du travail du pharmacien demeure toujours très cognitive. C’est un travail qui consiste beaucoup à faire des liens et à comprendre les interactions qui peuvent exister entre les différents médicaments, les différentes maladies, et ce, en fonction de situations qui sont, à chaque fois, uniques et parfois très complexes.

L’enjeu de demain pour les pharmaciens en établissement
L’enjeu central face au pharmacien en établissement de demain demeure justement celui de se trouver au bon endroit et au bon moment. « Au sein du CIUSSS, nous sommes plus de 80 pharmaciens. Pour certains c’est beaucoup mais, d’après moi, c’est peu si l’on considère qu’il y a plus de 850 médecins et qu’il y a des milliers d’infirmières au sein de l’établissement. La demande est donc importante et constante », rappelle Martin Franco.

« Nous sommes des experts des processus qui visent à assurer la continuité de la prise de médication, mais aussi de la bonne circulation de l’information qui concerne cette prise. Il nous faut toutefois travailler sur les liens que nous avons avec les pharmaciens communautaires qui sont sur le terrain à la pharmacie du coin. Bien que nous fassions partie de la même profession, il existe toujours un enjeu quant à la transmission de l’information et au partenariat entre nous. Ça demeure pour nous un très grand défi afin d’assurer le meilleur suivi possible pour nos patient une fois qu’ils ont quitté l’établissement », explique Martin Franco.  « Quand tu as 20 pilules à prendre quotidiennement, le suivi face à l’évolution de ta condition doit être constant car nous sommes souvent en présence de médications fortes et dont les effets doivent être mesurés de façon continue et ce sans compter que nous devons nous assurer que les patient persistent dans leur prise de médication. »

Assurer le développement d’une telle approche de collaboration entre les pharmaciens en établissement et les pharmaciens communautaires ne pourra qu’être bénéfique aux programmes de soins de tous les patients qui sont pris en charge par nos spécialistes des médicaments. Les pharmaciens communautaires pourront alors mieux intervenir auprès du patient afin que le suivi de celui-ci se fasse bien au-delà du séjour en milieu hospitalier. Martin Franco croit fermement au succès d’une telle approche collaborative entre tous les types de pharmaciens et l’ensemble des professionnels de la santé. Cette collaboration est le « nerf de la guerre » comme il ne cesse de le rappeler à ses collègues sur le terrain, si l’on veut à la fois assurer un bon usage du médicament et aider les patients à affronter la maladie.