Des petites souris pour guérir le monde

SourisMontréal, le 1er avril 2019 — Une récente découverte portant sur les souches de souris utilisées en laboratoire serait peut-être la clé pour isoler les mécanismes qui causent le diabète, le cancer, l’obésité et les maladies auto-immunes et par conséquent, le moyen pour les prévenir. Menée par la chercheuse Sylvie Lesage du Centre de recherche Maisonneuve-Rosemont, en collaboration avec Roxanne Colin, étudiante au doctorat au moment de l’expérience, cette étude, récemment publiée en février dernier dans The Journal of Immunology, réactualise la manière dont on utilisait les souris de laboratoires pour faire de la recherche.

Des souris modèles pour étudier les maladies humaines
Partout à travers le monde, depuis 120 ans, il existe une dizaine de souches de souris destinées à la science. Seulement, deux ou trois lignées sont vraiment utilisées par les scientifiques. Puisque ces lignées de souris ont le même patrimoine génétique ─ ce sont des clones ─ le travail est facilité lorsque vient le temps de déterminer les gènes responsables d’une maladie ou encore tester un vaccin, qu’on soit au Japon, au Canada ou aux États-Unis.

Souris blancheTo souris or not souris, that is the question
En recherche biomédicale, une importante question challenge régulièrement l’utilisation des modèles animaux dans l’étude des maladies humaines. Et plus précisément, les souris. Ainsi, on s’interroge à savoir si les souris ressemblent suffisamment aux humains pour que les résultats provenant des recherches ou des tests soient utilisés pour traiter… les bipèdes. Après tout, seulement deux ou trois lignées de souris sont utilisées, leur patrimoine génétique ne correspondant qu’en très minime partie au patrimoine génétique humain, qui est, pour sa part, extrêmement varié.

Des chercheurs d’Australie, d’Europe, d’Israël, des États-Unis… et de Rosemont
En 2013, des chercheurs provenant de l’Australie, d’Europe, d’Israël et des États-Unis se sont donc associés pour travailler différemment en créant un groupe de recherche intitulé Collaborative Cross. À partir de croisements de 8 des 10 souches originelles, ils ont brassé le pool génétique pour obtenir 210 nouvelles souches de souris. À l’aide de ces données, les chercheuses de l’équipe du Centre de recherche de l’Hôpital de Maisonneuve-Rosemont, les docteures Sylvie Lesage et Roxanne Collin (doctorante au moment de la recherche en 2014) se sont jointes au groupe de recherche australien pour réaliser une expérience tout à fait étonnante.

Qu’est-ce que l’immunologie ?
En immunologie, on fait l’étude des globules blancs qui se trouvent dans le sang, les lymphes et les organes lymphoïdes comme les ganglions, la rate, etc. On cherche ainsi à comprendre comment le système immunitaire nous défend contre les bactéries, les champignons, les virus, les molécules étrangères et ultimement, le cancer. Le système immunitaire est composé de plusieurs types de globules blancs (lymphocytes B, T, NK, monocytes, etc.) et chacun d’entre nous en possède une combinaison unique. Cette variété est déterminée par nos gènes.Qu’est-ce que l’immunogénétique ?
En immunogénétique, les chercheurs essaient de comprendre comment les variations génétiques affectent la composition du système immunitaire. On veut connaître la façon dont les gènes déterminent la quantité de tous les types de globules blancs chez un sujet, puisque le rôle des globules blancs est de défendre l’organisme contre les agents pathogènes.

Personnes en rangée

70 sur 210
Attelées à leur microscope, les chercheuses de Montréal se sont concentrées sur 70 souches puisées des 210 souches renouvelées. Avec ce nouveau contingent, elles ont étudié 18 caractéristiques du système immunitaire (globules blancs) dans chacune de ces souches.

Cette étude détaillée leur a permis de voir que les traits ou les caractéristiques qui sont influencées par la génétique chez l’humain le sont aussi chez la souris ! Autrement dit, les expérimentations effectuées, par exemple, sur la variabilité génétique de ces 70 nouvelles souches de souris, ressembleraient davantage à la variabilité observée dans la population humaine.

Cette nouvelle cohorte de 70 souches de souris et sa grande concordance dans la variabilité des cellules immunitaires, à l’instar des cellules immunitaires des humains, permettrait de tester de nouvelles hypothèses pour caractériser le système immunitaire humain.

Cette découverte sur des souris a donc le potentiel de transformer la recherche en immunogénétique et, dans un futur pas si lointain, résoudre les maladies comme le diabète, l’obésité, les maladies auto-immunes, et même le cancer.


Dre Sylvie Lesage Dre Sylvie Lesage

Photos : Sylvain Durocher du centre de photographie de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

DRE SYLVIE LESAGE est chercheuse au Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et professeure titulaire à l’Université de Montréal au département de microbiologie, infectiologie et immunologie.

Dre Lesage a obtenu son doctorat à l’Université McGill sous la supervision du Dr Patrice Hugo, où elle a acquis une expertise en tolérance immune. Elle a ensuite poursuivi sa formation postdoctorale au laboratoire du Dr Christopher C. Goodnow en Australie, où elle a appliqué les concepts de tolérance immune dans des modèles de souris du diabète de type 1.

Lors de sa deuxième formation postdoctorale à Montréal, la Dre Lesage a appris à transposer les connaissances de la souris à l’humain. Elle a installé son laboratoire de recherche à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont en 2005, où son équipe de recherche se concentre sur l’immunogénétique cellulaire. Elle mène à la fois un programme de recherche fondamentale et translationnelle et vise à développer des approches thérapeutiques pour prévenir les maladies auto-immunes ou améliorer le traitement des cancers.

Son programme de recherche est financé, entre autres, par les Instituts de recherche en santé du Canada, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, la Société de recherche sur le cancer et la Fondation du grand défi Pierre Lavoie.

Elle dirige une équipe dynamique composée de : Geneviève Chabot-Roy, assistante de recherche : Geneviève Chabot-Roy ; Lise Coderre, associée de recherche ; les étudiants au doctorat Cindy Audiger, Félix Lombard-Vadnais et Adrien Fois ; Maher Al Khadi, étudiant à la maîtrise ;
les étudiants pour l’été 2019 Andrée Caron, Aïnhoa Olazabal et Anne-Marie Aubin, ainsi que Sarah Pasquin, stagiaire postdoctorale (débutant en août).


« Common Heritable Immunological Variation Revealed in Genetically Diverse Inbred Mouse Strains of the Collaborative Cross »

Article paru dans The Journal of Immunology, le 1er février 2019.

On peut consulter la recherche sur les souris à cette adresse : http://www.jimmunol.org/content/202/3/777


Affilié à l’Université de Montréal, le CIUSSS l’Est-de-l’Île-de-Montréal conjugue les missions d’enseignement, d’évaluation et de recherche avec la formation de médecins et professionnels de la santé. Ses deux centres de recherche d’envergure se démarquent sur les plans national et international dans les sphères d’expertise que sont la santé mentale, l’immuno-oncologie, la santé de la vision, la néphrologie et la thérapie cellulaire.

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